XXIè siècle : un monde d’incertitudes et de mutations

Énergie, alimentation, climat : trois incertitudes au cœur de notre environnement et de nos systèmes économiques ou politiques. L’affaiblissement de l’Amérique, la montée en puissance des pays émergents, le possible éclatement de l’ensemble européen : trois mutations mises en évidence par la crise systémique.

La décennie écoulée marque t-elle l’entrée du 21è siècle dans la « grande régression » ou l’accouchement d’un monde différent qui, en dépit des apparences, serait – référence historique oblige – une renaissance ?

C’est toute la question que pose ce numéro d’automne. Structurées aussi bien autour d’analyses géographiques que de réflexions économiques, les contributions rassemblées ici passent en revue les pays et les continents, les faits et les concepts, bref tout ce qui permet de comprendre les mutations, les déséquilibres et les basculements que chacun peut observer.

Trois clefs de lecture émergent tout au long de cette démarche.

La première d’entre elle est certainement le retour de l’État nation. « Un peu d’internationalisme nous éloigne de la patrie, beaucoup nous y ramène » disait Jaurès. En vérité, on écrirait aujourd’hui : « les nécessités économiques nous éloignent de la patrie, l’incertitude nous y ramène ». Ce que l’on nomme populisme n’est jamais que la crainte de l’autre, un réflexe identitaire, la recherche de protections dans un cadre choisi, maîtrisé, où le vouloir vivre ensemble puisse s’exprimer à l’abri des dangers. La prolifération des États, la balkanisation du monde ne s’expliquent pas autrement.

La seconde clef de lecture est le renversement des schémas de pensées économiques. Chacun sait désormais que le libéralisme n’est plus la fin de l’histoire et qu’il ne suffit pas de commercer pour adoucir les mœurs ou instaurer la paix. Certes, « partout où il y a du commerce il y a des mœurs douces » comme l’observait Montesquieu. Mais la « drôle de guerre » des monnaies qui menace de se transformer en guerre commerciale n’a rien de doux : la chute du dollar et la sous-évaluation du yuan réveillent la tentation du chacun pour soi et favorisent le retour d’un certain patriotisme économique. L’intervention des États, la défense de l’industrie nationale, le refus de la concurrence ou de la compétitivité à tout prix sont à nouveau à l’ordre du jour de la pensée économique.

Mais le retour de l’État nation et le renversement des schémas de pensées ne suffisent pas à comprendre les mutations en cours aussi bien que les difficultés à mettre en place la nécessaire architecture de gouvernance mondiale dont le G20 se veut la préfiguration.

L’analyse démographique – dont Alfred Sauvy a démontré l’intérêt y compris dans ces colonnes – est en effet la troisième clef qu’utilisent nos collaborateurs pour décrypter le monde actuel.

Il est banal de souligner que la population mondiale devrait se stabiliser autour de neuf milliards. Il est juste de rappeler le milliard d’individus que le monde ne peut nourrir. Mais il est plus pertinent de souligner que si certains pays enregistrent déclin démographique et vieillissement, d’autres cumulent explosion et rajeunissement brutal de leur population. La démographie mondiale n’a jamais connu une telle structure qui met en jeu l’équilibre de chaque espace géographique ou politique et par voie de conséquence celui de la planète.

Danserions-nous sur un volcan ? Ce serait sous-estimer notre propre capacité de résilience comme celle des sphères de compétences – locales, régionales, internationales – que de répondre par l’affirmative.

Nos collaborateurs ne manquent d’ailleurs pas de le rappeler : l’Union européenne peut redevenir un modèle ; la Chine, l’Inde ou l’Afrique de vrais moteurs économiques ; les États-Unis une puissance responsable et l’innovation technologique le moyen le plus sûr de lutter contre la rareté.

Mais pour faciliter une telle « renaissance », encore faudrait-il – au-delà des clefs livrées ici – recréer les conditions d’une véritable solidarité entre les individus et d’une réelle coopération entre les États.

C’est tout l’enjeu de la seconde décénnie qui s’ouvre.

Edito de Bertrand Cluzel paru dans La revue Politique et Parlementaire n°1056

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Elections 2010 et crises : les gouvernances en question

Notre temps est celui de la défiance : défiance à l’égard de la classe politique et de nos institutions, défiance vis-à-vis de l’Union européenne et des organisations internationales, défiance des banques entre elles-mêmes, défiance face aux dettes publiques, à l’euro…

Qui ne se souvient du remarquable ouvrage d’Alain Peyrefitte sur le thème de la « société de confiance » ? C’était il y a seulement quinze ans, et nous avions alors confiance. Confiance dans l’avenir, confiance dans nos modes de gouvernances, confiance dans le capitalisme, horizon indépassable et « fin de l’histoire ».

Aujourd’hui en France et partout dans le monde, chacun doute désormais et les réflexes identitaires l’emportent sur le « vouloir vivre ensemble ».

Les résultats des élections régionales nous le montrent bien. Gérard Le Gall, en politologue averti, le souligne : indépendamment du succès socialiste, il y a un autre vainqueur : le populisme avec la résurgence du Front national et, outre la défaite de la majorité présidentielle, un autre vaincu : la démocratie elle-même.

La progression de l’abstention suggère en effet que les Français n’ont plus le même rapport avec le vote qu’il y a quelques années. Et ce constat est vrai dans la plupart des pays de l’Union européenne, notamment en Angleterre, en Italie, en Allemagne. Conséquence : les majorités sont indécises et le pouvoir fragilisé par des coalitions dont la durée de vie est forcément limitée.

Mais les analyses rassemblées ici ne portent pas seulement sur l’observation quantitative des résultats électoraux, elles concernent également leurs aspects qualitatifs. Et ces derniers démontrent que les crises financières, sociales, environnementales traversent un tissu social déjà soumis à rude épreuve. Or, la crise mondiale est loin d’être terminée comme le note Christian de Boissieu. Certes, la Chine et l’Inde préserveront des taux de croissance élevés, celui des États-Unis devrait être entre 3 et 4 %, mais pour l’Europe le scénario le plus prévisible est relativement alarmiste : entre 1,5 et 1,7 %.

« Serons-nous tous ruinés dans dix ans » ? Peut-être pas si de nouvelles gouvernances se mettent en place, en France, en Europe et dans le monde.

Nos collaborateurs s’accordent à le reconnaître, deux orientations nouvelles doivent être privilégiées si l’on veut retrouver la confiance et la croissance :
- sur le plan économique : imposer une vision « schumpétérienne » et non plus seulement keynésienne, c’est-à-dire privilégier l’innovation, la recherche, la formation, l’entrepreneuriat et l’offre ;
- sur le plan géopolitique : imposer des processus coopératifs et des politiques de convergences, ce à quoi travaille le G20, ce que vient de dire le couple franco-allemand à l’Europe.

Et c’est bien ce que le lecteur trouvera dans ce numéro au travers des contributions sur le Brésil, la Chine, les États-Unis et le partenariat de la France avec ces pays.

Les questions de gouvernances sont désormais centrales. Sortir de la crise par le haut c’est très concrètement remettre à plat nos institutions et la relation entre celles-ci et les citoyens.

Les règles du jeu ont changé, rappelle Joseph Stiglitz dans son dernier ouvrage Le triomphe de la cupidité. « Le fanatisme du marché et l’idéologie qui le sous-tendait sont morts. Est-il possible de les remplacer ? Oui si nous sommes capables de comprendre que le danger, ce n’est pas la crise elle-même, mais le fait de ne pas saisir l’opportunité que représente toute crise pour créer la société nouvelle dont le monde a besoin ».

Edito de Bertrand Cluzel paru dans La revue Politique et Parlementaire n°1055

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Élections régionales 2010 : nouvel échec pour la majorité présidentielle

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La récession en France, souligne Christian de Boissieu dans son habituel « Point sur l’économie », a été « impressionnante » : le recul du PIB est de 2,2 % en 2009. Et malgré des politiques de relance tout aussi … Lire la suite

« Copenhague est une première étape importante »

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Pour une stratégie mondiale de sortie de crise

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« Nous nous réunissons en ce moment crucial de transition entre la crise et la reprise pour adopter un ensemble de mesure de règles et de réformes nécessaires au besoin de l’économie mondiale du XXIè siècle ». Ainsi commence la … Lire la suite